Un peu d’histoire…

Le mot “Reiki” (litt. “énergie spirituelle“) a été utilisée de longue date au Japon, bien avant Mikao Usui (臼井甕男, 15/08/1865 – 09/03/1926), le fondateur de la lignée la plus connue du Reiki : le “Reiki Usui”, à partir de mars 1922 ; parmi les quasi-contemporains ayant utilisé le terme avant lui, on peut par exemple citer : Mataji Kawakami, Reikaku Ishinuki, Kogetsu Matsubara, Reisen Oyama, etc. ! On le voit, ils sont nombreux rien qu’au Japon, et Mikao Usui n’invente pas le motReiki” (énergie spirituelle) : il l’utilise pour décrire ce qui lui est arrivé et parler de ce qu’il fait, comme bien d’autres avant lui… notamment en Chine. Contrairement à ce que l’on peut lire parfois, Reiki ne signifie pas ” le pouvoir de la pensée/du mental ” (ceci se dit en japonais en utilisant l’expression Seishin, 精神, mais pas Reiki).

Du Reiki au “Reiki Usui”

D’après Koyama sensei (6ème présidente de la Usui Reiki Ryōhō Gakkai, soit la “Société savante pour le Traitement Reiki d’Usui”), Mikao Usui fit l’expérience du Reiki après une crise identitaire, le poussant à se retirer pendant 3 ans dans un temple (apparemment Zen) à Kyōto, sans toutefois parvenir à trouver les réponses spirituelles qu’il cherchait. Sur les conseils de l’abbé du temple, il partit en mars 1922 sur le mont Kurama pour faire un jeûne durant une “ultime retraite de 21 jours” (plus ou moins). Le dernier jour de sa retraite, il fut comme frappé par un éclair en plein front (expérience spirituelle) et perdit conscience… mais lorsqu’il revint à lui, il était comme chargée d’une formidable énergie nouvelle : une énergie spirituelle (Reiki). Par inadvertance, il s’aperçut qu’il pouvait soulager la douleur rien qu’en touchant une zone douloureuse ou blessée, avec ses mains ou ses doigts. Ce serait ainsi que le “Reiki Usui” commença et l’on appela désormais Mikao Usui “Usui sensei” (先生 ; “Professeur” : un terme toujours utilisé en japonais courant, dans la vie de tous les jours, comme marque honorifique et de respect pour parler de ou s’adresser à quelqu’un).

Le “Reiki Usui” est donc un Reiki qui s’inscrit dans la filiation revendiquée de Mikao Usui pour ses enseignements et ses pratiques Reiki… à la différence d’autres enseignements et pratiques proposés par d’autres personnes (qu’elles soient japonaises ou occidentales) et utilisant le mot ou le concept de “Reiki” : c’est tout simple ! On honore et on pratique ce qu’il nous a transmis (des archives historiques permettent de l’attester) ou est réputé nous avoir transmis (selon la tradition orale, de génération en génération… avec les altérations qui peuvent s’ensuivre).

Les 5 préceptes de la ” Méthode secrète pour inviter le Bonheur ” (le Reiki), écrits de la main du premier président de la Usui Reiki Ryōhō Gakkai, M. Ushida.

Naissance de la Gakkai et diffusion finalement limitée du Reiki au Japon

C’est sur la base des enseignements et des pratiques de cet homme que sera fondée, toujours en 1922, la Usui Reiki Ryōhō Gakkai (臼井靈氣療法学会 ; Société savante pour le Traitement Reiki d’Usui), se donnant pour mission de promouvoir le Reiki au Japon. Malheureusement Usui sensei n’aura pu dispenser et transmettre son Reiki que pendant environ 4 ans (jusqu’en mars 1926 : Usui sensei meurt à 62 ans) et laissera à ses élèves avancés la responsabilité de la transmission de sa méthode. C’est ainsi que le Reiki se répandra largement au Japon, mais pendant un certain temps seulement… La Deuxième Guerre Mondiale marquera un coup d’arrêt majeur de la propagation du Reiki dans ce pays, où il disparaît presque complètement de la scène publique pour retourner dans la confidentialité.

Jusqu’aux années 1970, la Usui Reiki Ryōhō Gakkai sera successivement dirigée par Usui (premier président), puis par 4 autres présidents (Ushida, Taketomi, Watanabe, Wanami) ayant tous été :

  • Directement formés par Usui et jusqu’au niveau Shinpiden (神秘傳 ; litt. “transmission cachée/secrète de l’Esprit“, autrement dit la partie la plus subtile et profondément spirituelle, qui correspond aux niveaux avancés du Reiki), puis Kaiden (皆伝 ; litt. “transmission complète”, qui correspond à l’Essence du Reiki). C’est le tout dernier niveau de l’enseignement traditionnel.
  • Faisant partie des 20 Reijusha (霊授者 ; “personnes capables de transmettre l’initiation au Reiki”), officiellement autorisés par Usui à enseigner, notamment quand il n’était pas là.
  • Nommés au niveau Shihan (師範 ; “instructeur”, donc modèles à suivre) ; c’est sur ce dernier titre que se fonde normalement le 4ème et dernier Degré du Reiki moderne (souvent appelé “Maître-Enseignant”).

Il y eut apparemment peu de nouveaux Shihan à la Gakkai, après les 20 Reijusha de 1926, notamment à cause de la Seconde Guerre Mondiale. Toutefois, les nouveaux Shihan ont bel et bien été formés (et pendant longtemps) par d’autres Shihan, dont les anciens présidents de la Gakkai ; ce sera notamment le cas pour la future sixième présidente de la Gakkai, Koyama sensei (1906-1999), qui essaiera autant qu’elle le pourra de sauver la lignée de l’extinction en pratiquant une politique d’information et d’ouverture relative, poursuivie par certains de ses successeurs, mais aujourd’hui fermement abandonnée, en raison de tous les problèmes que cela a finalement posé à la Gakkai ! De trop nombreuses personnes y sont malheureusement venues de façon très intéressée…

La Gakkai perpétua ainsi une lignée japonaise directe mais désormais confidentielle du Reiki (comportant très peu de praticiens) et presque éteinte au Japon, dans les années 2010 : moins d’une centaine de membres et les plus jeunes membres avaient autour de 60 ans… sans qu’il n’y ait apparemment de jeunes recrues (les enseignements et le style ancien et traditionnel de la Gakkai n’intéresse plus la jeunesse japonaise). Qui plus est, à cause de changements législatifs au Japon et pour se protéger de la fermeture, les membres de la Gakkai ne pratiquent apparemment plus le Reiki qu’entre eux… Ce n’est malheureusement plus dans cette branche que l’on pourra espérer une quelconque promotion et un quelconque développement du Reiki, quoi qu’ils soient les authentiques dépositaires du leg de Mikao Usui.

Seul l’un des 20 Reijusha d’Usui, Chūjirō Hayashi (林忠次郎, 15/09/1880-11/05/1940), prendra son indépendance vis-à-vis de la Gakkai, de façon semble-t-il consentie par les deux parties. Il était médecin et officier de marine et reçut, de ce fait, de Mikao Usui la mission de tester l’efficacité clinique du Reiki, d’un point de vue moderne, raison pour laquelle il fut autorisé et incité par le fondateur à ouvrir son propre institut, le Hayashi Reiki Kenkyūkai (林靈氣研究会 ; Institut de recherche Hayashi sur le Reiki). Il y fit diverses expériences cliniques à l’aide du Reiki, qui le pousseront à faire évoluer sa pratique (introduction des tables de massage, par exemple) et proposer de nouveaux protocoles ou de nouvelles techniques, insufflant dès les débuts des orientations thérapeutiques sortant du cadre privé et familial. Il prit ainsi rapidement son autonomie par rapport à la traditionnelle Gakkai… et c’est sans doute par cette lignée que le Reiki fut sauvé de la chute dans l’oubli et, ainsi, de l’extinction progressive et quasi inéluctable, notamment grâce à l’une de ses élèves.

Chūjirō Hayashi (林忠次郎)
(15/09/1880-11/05/1940)

Création de la grande branche “non japonaise” du Reiki à Hawaï et large diffusion en occident

En effet, une américaine vivant à Hawaï et née de parents japonais, une certaine Hawayo Takata (高田ハワヨ), vint en 1935 au Japon pour se faire soigner (elle était très malade, mais refusera l’opération qui lui était proposée, en suivant son intuition) et elle sera finalement traitée et guérie dans l’Institut Reiki d’Hayashi. Takata voudra ainsi apprendre avec lui et deviendra la 13ème Shihan formée par Hayashi en 1938 (Hayashi aurait formé, lui aussi, plus d’une vingtaine de Shihan au total, avant sa mort en 1940). Par contraste avec la lignée traditionnelle japonaise, Takata va réussir à établir durablement le Reiki aux États-Unis, grâce à ses efforts, de la publicité, des résultats cliniques, mais aussi, il faut bien le dire, à un certain nombre d’effets de manche… Elle initiera et formera complètement 22 personnes, qui ne seront plus appelées Shihan comme au Japon, mais “Maîtres” selon la terminologie américaine (Maîtres-Enseignants dans la terminologie actuelle) ; il était effectivement plus facile de partir d’un type de relation que l’occident connaissait déjà bien, le couple Maître-Apprenti (plutôt que disciple comme en Asie).

À partir de cette base, le Reiki se diffusera alors grandement en occident, puis dans le monde (jusqu’à revenir au Japon, sous sa forme occidentalisée !). Takata transmettra son Reiki Usui shiki Ryōhō (Traitement Reiki de style Usui), modifié par ses soins pour convenir à sa pratique personnelle, et sera à l’origine de la gigantesque lignée occidentale du Reiki (comportant de très nombreux praticiens). La lignée occidentalisée du Reiki est désormais, et de loin, la filiation la plus répandue au monde (près de 99% de pratiquants de Reiki).

Hawayo Takata (高田ハワヨ)
(24/12/1900-11/12/1980)

La forme de Reiki issue de Takata a également été adaptée par ses soins au public chrétien qu’elle côtoyait en occident et après guerre, tout comme la forme du Reiki qu’elle avait elle-même reçue avait été adaptée par son initiateur Hayashi, à partir de ce qu’il avait lui-même reçu du fondateur Usui. Cette habitude d’adapter la forme du Reiki aux besoins du public et, en ce qui nous concerne, à nos habitudes occidentales (adaptation un peu à toutes les sauces, il faut bien le dire) est typique de notre lignée occidentalisée (voir l’article “Reiki : Trahison ou Tradition ?“). Toutefois, on ne sait toujours pas bien dans quelle mesure les changements qui sont intervenus dans la transmission du Reiki en occident, au fil des générations, sont plutôt le fait de Takata… ou bien de ses différents élèves ; c’est bien à partir de ces derniers que de profondes divergences de compréhension et de pratique commencent à voir le jour : l’unité des débuts fait place à une diversité de pratique qui ne cesse de croître, malheureusement toujours un peu plus loin de ses origines historiques, et souvent pas dans le sens de l’amélioration…

Résurgence japonaise, au Japon puis en occident, à partir de la lignée Hayashi

À partir de la fin des années 1990, Frank “Arjava” Petter, un allemand (ayant appris le Reiki occidentalisé, mais vivant au Japon) entreprendra une série de recherches historiques débouchant sur une révision et une réévaluation de la pratique occidentalisée du Reiki. Il faut dire que les “découvertes” furent nombreuses et que le pratiquant sincère de Reiki est allé de surprise en surprise…

Par ses nombreux livres et ses recherches personnelles, tous sérieusement documentés, Frank Arjava Petter contribuera à redonner une image plus fidèle de ce qu’était le Reiki avant son passage par les différents maillons de la lignée Takata… Il retrouvera même une Shihan de la lignée Hayashi, qui n’avait cessé de pratiquer depuis 1938 : une certaine Chiyoko Yamaguchi! Il réapprendra ce Reiki japonais et plus proche sans doute de ce qu’il était du temps d’Usui sensei avec elle, puis décidera finalement de ne plus diffuser que le Reiki de cette lignée, le Jikiden Reiki (直傳靈氣, litt. “Reiki provenant d’une transmission directe”), dont l’orientation est résolument thérapeutique et simple.

Chiyoko Yamaguchi Sensei et Frank Arjava Petter Shihan

La situation en occident aujourd’hui

La filiation occidentale du Reiki s’est ainsi très largement diversifiée depuis les années 1990 et on compte essentiellement des courants Reiki issus de la lignée Takata.

Notons d’ailleurs que tous les courants vifs du Reiki aujourd’hui, japonais ou occidentalisés (même s’ils essayent souvent de se faire passer pour bien plus “japonais” ou “traditionnels” qu’ils ne le sont réellement) ne sont de facto issus que d’une seule lignée : celle d’Hayashi sensei (bien que très étrangement certains s’en défendent et voudraient bien faire croire que ça n’est pas le cas…).

En effet, la seule autre lignée permettant de remonter au fondateur, Mikao Usui, sans passer par Hayashi sensei, passe inéluctablement par la Gakkai… Y être être intronisé n’est pas prêt d’arriver au moindre occidental et sera chose ardue pour un Japonais sincère, comme ce fut le cas unique d’Hiroshi Doï… Il y est d’ailleurs désormais persona non grata parce qu’il est demandé aux membres de garder le secret sur toutes les pratiques de la Gakkai, qu’il a divulgué en partie, mais en ne révélant au grand public que sa forme moderne de Reiki (Gendai Reiki), qui est un mélange de Reiki japonais et de Reiki occidental. L’exigence formelle du secret signifie donc que, au-delà de ce qui a déjà “fuité” (notre fortuné “ReikiLeaks“, si l’on voulait faire un trait d’humour, dû justement à Frank Arjava Petter et Hiroshi Doi), plus rien malheureusement n’est censé nous parvenir de cette source authentique à l’avenir

Les différents courants japonais et occidentaux ont fini par proposer des choses relativement différentes de ce que proposait Usui sensei, faisant ainsi partir le Reiki dans différentes directions, et parfois loin de ce que le fondateur faisait historiquement… L’article “Les grands courants du Reiki aujourd’hui” essaye de faire un point synthétique sur le sujet et devrait vous permettre de trouver le courant qui vous convient le plus.