Le Reiki contemporain : Trahison ou Tradition ?

Le mot “Tradition” vient du latin tradere, composé de trans (“à travers”) et de dare (“donner”) ; il signifie “faire passer à un autre” et donc, selon le Gaffiot : “transmettre, confier, remettre, et par suite abandonner“. Le même verbe latin tradere est également à l’origine d’un autre mot français bien connu : “Trahison” ! En ce sens la Tradition est toujours une Trahison… et la Trahison est toujours une Tradition !!! C’est évidemment vrai pour le Reiki.

De ce double sens étymologique jaillit donc la question de l’utilisation juste du terme “Traditionnel” pour parler d’une pratique de Reiki et du rapport consubstantiel de cette Tradition avec une forme de Trahison, c’est-à-dire de l’abandon du legs historique de Mikao Usui pour faire… autre chose, ce qui n’est ni bien, ni mal en soi.

Le legs historique de Mikao Usui : de la légende à l’archive

L’histoire du Reiki diffusée à l’époque des pionniers occidentaux du Reiki dans les années 1990, et notamment celle de Mikao Usui, a surtout été fondées sur les écrits de Fran Brown, une amie de Takata faisant partie de ses 20 Maîtres-Enseignants. Malheureusement, ceux qui ont cherché à creuser un peu plus factuellement ses histoires (en bons historiens) se sont vite aperçus qu’elles étaient pour le moins… approximatives, si ce n’est erronées, voire fabriquées de toute pièce (les documents d’archives ne permettent pas du tout de corroborer certains aspects, voire les démentent carrément) ! Il est vrai que la légende est toujours accommodante pour qui sait l’utiliser ou la créer pour son propre profit ; elle a aussi l’avantage d’être floue et de pouvoir changer au fur et à mesure, épousant ainsi au mieux nos intérêts du moment. C’est du moins l’usage rhétorique que ne manquera pas d’en faire tout bon sophiste, notamment les sophistes modernes que sont les marketeurs.

Nous avons ainsi quantité de légendes circulant sur le Reiki (parfois à peine croyables, si ce n’est crédibles) et certains courants sont très prompts à vouloir “rétablir la vérité”… mais sur certains pans seulement, laissant de côté d’autres pans qui les dérangent et ne viennent pas corroborer (voire contredisent) certaines des pratiques qu’ils suggèrent, ce qui n’est rien d’autre que de la malhonnêteté intellectuelle et c’est bien dommage : il y a de la place pour tout le monde en Reiki : du Reiki issu essentiellement d’Usui et de ses pratiques historiques, comme du Reiki venu d’ailleurs (non Usui) ou encore du Reiki ayant tellement changé qu’il n’est plus fondé sur les bases traditionnelles jetés par Usui mais sur d’autres, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles traditions (généralement depuis les années 2000), comme c’est le cas pour le Reiki “modernisé” (Hirochi Doi) ou le Reiki “Bunseki” de la FFRT (Christian Mortier & Estelle Ivanez).

Mikao Usui (臼井甕男, 15/08/1865 – 09/03/1926), le fondateur de notre branche du Reiki, n’a dispensé et transmis son enseignement que durant une période d’un peu moins de 4 ans seulement (1922-1926)… Il a ainsi pu jeter les bases explicites d’une approche “Reiki Usui” (gokai, gasshō, reiji hō, chiryō, reiju), mais il n’a pas réellement eu le temps d’instituer une Tradition fermement codifiée : ce seront apparemment les Shihan et présidents de la Gakkai qui le feront graduellement, bien que la structure d’ensemble provienne directement d’Usui sensei lui-même (selon les documents d’archives et les témoignages nous étant parvenus), tout comme les 5 préceptes (gokai). On connaît ainsi bien, historiquement, certaines des grandes pratiques emblématiques et avérées d’Usui sensei comme gasshō ou reiju (il y a de très nombreux témoignages historiques, ce qui montre à quel point elles étaient importantes pour Usui sensei), mais il a également laissés quelques écrits (redécouverts à la fin des années 1990), dont un manuel de traitement simple et précis (à l’usage des débutants) sur le chiryō (on en retrouvera l’influence très visible dans le manuel débutant d’Hayasahi, puis dans le “traitement fondamental” de Takata). Quant à reiji hō, elle n’a toujours été abordée qu’à partir du 2ème Degré (Okuden), et ce dans toutes les lignées japonaises issues d’Usui et restées au Japon (la Gakkai, les Yamaguchi, etc.).

Plutôt qu’une Tradition, Mikao Usui a ainsi plutôt initié une lignée ou une filiation, au travers des 20 Reijusha/Shihan qu’il avait complètement formé (dont Chūjirō Hayashi, l’initiateur de Takata, fut le dernier à recevoir ce titre d’Usui) : c’est par eux que le legs historique de Mikao Usui a été transmis aux générations suivantes.

Tradition et modernité : évolutions positives ou égarements ?

De ce fait, sauf à suivre directement les enseignements de la Gakkai au Japon, l’appellation “Reiki Traditionnel” est impropre et usurpée, puisque ce qui y est proposé n’est qu’une création ou qu’une recréation moderne (à partir des années 2000-2010, le plus souvent). Le mot “Traditionnel” est alors surtout utilisé de façon marketing et non nécessairement dans le sens du respect des enseignements et techniques historiques d’Usui sensei.

Si certains courants du Reiki se prétendent “traditionnels” (voire “japonais” ou même “tibétain”, etc.), d’autres courants (pourtant issus d’authentiques japonais ayant appris le Reiki au Japon à la Gakkai, et non d’occidentaux ayant appris le Reiki occidental en occident) ne se cachent absolument pas des évolutions et changements qu’ils ont apportés à la forme de Reiki qu’ils transmettent (ce que fait quasiment tout le monde…).

Ils utilisent d’ailleurs clairement l’expression “Reiki moderne” (Gendai Reiki) : c’est notamment le cas d’Hiroshi Doi (on peut voir ci-dessus la couverture d’un de ses livres traduit en anglais) ; ce dernier est pourtant l’un des très rares japonais à avoir appris, pendant une dizaine d’années, le Reiki dispensé par la Gakkai au Japon, après avoir appris le Reiki occidentalisé. Hiroshi Doi distingue d’ailleurs dans ses enseignements ce qu’il a reçu de la Tradition à la Gakkai au Japon (Dentō Reiki, c’est-à-dire littéralement “Reiki Traditionnel“, le seul pouvant légitimement prétendre à ce titre…) de ce qu’il a ajouté, enlevé, changé ou modifié (Gendai Reiki)… parfois de façon assez significative !

C’est tout simplement honnête que de reconnaître que la forme de Reiki que l’on transmet a évolué depuis Mikao Usui (un peu, voire vraiment beaucoup) et n’est certainement plus la forme originelle dispensée par Mikao Usui, même si elle en est plus ou moins issue. À part éventuellement le Reiki enseigné par la Gakkai au Japon (ultra-confidentiel), le seul enseignement disponible du Reiki aujourd’hui est un enseignement moderne et modifié par rapport à ses origines. Modifié, donc perverti ? Pas nécessairement, mais c’est un risque réel. Est-ce grave ? Cela dépend…

Pour que vous puissiez authentiquement trouver le Reiki qui vous correspond

Le Reiki tel qu’il nous est parvenu depuis le fondateur est donc d’abord une affaire de lignée, une transmission de certains principes, de certaines pratiques et méthodes (gasshō, reiji hō, chiryō, reiju) à des élèves qui, à leur tour, leurs feront prendre une forme personnalisée… et y ajouteront leurs propres recherches et découvertes ! En ce sens, la “Tradition” est toujours une Trahison (ce que l’on fait n’est plus exactement ce que l’on a reçu, ce qui prouve également que l’art est vivant)… Mais ne dit-on pas également qu’il faut que tout change pour que l’essentiel demeure ? C’est-à-dire que le principe perdure, mais ne cesse de s’adapter dans de nouveaux contextes… plutôt que de se scléroser dans une forme rigide et figée et finir par mourir et disparaître en raison de son inadaptation (comme c’est, semble-t-il, malheureusement la tendance actuelle avec la transmission du Reiki par la Gakkai au Japon). Mais encore faut-il que le principe ou l’essence perdure.

https://es.sott.net/article/40136-6-Signos-de-fraude-espiritual

Les Traditions sont vivantes (évolutives) et peuvent se bonifier, mais cela n’est malheureusement pas si fréquent que cela… Chacun prétend d’ailleurs en avoir saisi l’essence, mais les différentes versions du Reiki sont bien souvent contradictoires et surtout en concurrence, ce qui est très loin de l’Amour inconditionnel. Les humains ne sont pourtant qu’une seule et même famille, personne n’a le monopole de la Spiritualité et de sa pratique. Et, surtout en Reiki, nous devrions nous rappeler que nous provenons de la même source : les enseignements et les techniques qui constituent le legs historique de Mikao Usui… Mieux vaudrait donc nous rassembler autour de ce que nous avons en commun, pour continuer à avancer, chercher et innover ensemble ; et ce que nous avons en commun, c’est justement l’héritage historique de Mikao Usui.

À la recherche de “votre” Reiki !

Comment, dès lors, faire le tri parmi les différentes pratiques du Reiki que l’on voit fleurir ici et là ? Il vous appartiendra de vous faire votre propre idée et de chercher pour trouver ce qui vous correspond le mieux. Et si cela vous correspond, cela sera bien ainsi ! 😀

Heu, vous êtes sûr… ? Ça marche vraiment ? Parce que du Reiki de combat, j’ai comme un doute…

Pour ce faire, vous pouvez chercher à clairement identifier le projet derrière tel ou tel courant du Reikisa cohérence et ses effets visibles (intérieurs, mais aussi extérieurs). Si le Reiki permet une transformation ou une évolution (physique, émotionnelle ou spirituelle), il finit toujours inévitablement par y avoir des effets visibles et tangibles… Quels sont ceux de votre courant ou de votre école ? Sont-ils cohérents et suffisants par rapport au projet ou aux promesses affichés ? Par rapport à vos attentes ? Sont-ils crédibles, réellement indubitables et sont-ils répétables régulièrement ? En avez-vous été vous-même le témoin, l’avez vous personnellement expérimenté et vécu ? Si vous avez répondu “oui” à toutes ces questions, vous avez pu faire votre choix en connaissance de cause et c’est tout ce qui compte.

Se poser ces questions vous permettra également d’évaluer la solidité de votre pratique du Reiki, et de ne pas s’endormir sur ou de se laisser aveugler par la croyance, a priori et sans aucune vérification (syndrome de la grenouille qui n’est pas sortie de son puits et ne connaît que lui) que mon école est la seule et l’unique… et, surtout, qu’elle “lave plus blanc”. Rien d’humain n’est jamais parfait, même quand c’est bien… Nous avons vu bien trop d’écrits péremptoires, dogmatiques, si ce n’est sectaires sur le Reiki (notamment en provenance de ceux qui disent, justement, vouloir les chasser) et l’essence du Reiki n’est pas du tout de cette nature.

L’essence du Reiki : l’Amour…

En tant qu’école spirituelle, le Reiki enseigne l’Amour de tout et de tous, ce qui conduit inéluctablement à plus de modestie, plus de lucidité… et moins d’Ego et d’aveuglement. Le moins que l’on puisse dire est que la communauté Reiki, dans son ensemble, a encore beaucoup de travail pour… apprendre l’essence du Reiki. Notre école ne fait évidemment pas exception, mais nous essayons d’y cultiver le sens de l’humour. Rire plus et de bon cœur permet de s’ouvrir et d’accueillir tout le monde, quelle que soit sa compréhension du moment. Le Reiki est véritablement fait pour tout le monde et c’est aussi en cela qu’il est unique, simple, mais profond.

L’essence du Reiki, c’est l’Amour inconditionnel qui est la source de l’énergie spirituelle… mais l’Amour inconditionnel ne rend ni aveugle, ni crédule, ni même laxiste ; on retrouve là l’enseignement de toutes les grandes Traditions spirituelles. Nous sommes responsables de tout ce que nous faisons et de tout ce que nous ne faisons pas : les deux ont de réelles conséquences. On aime l’autre même lorsqu’il fait des erreurs ou des horreurs, mais ses erreurs ou horreurs ne sont guère aimables… Que les graines de l’Amour inconditionnel puisse ouvrir votre Cœur, lui permettre d’apprendre de la Vie et de vous élever Spirituellement. La croissance et le développement spirituels sont des processus que l’on peut accompagner, mais que l’on ne peut pas hâter. Comme le disait Laozi : “même une marche de mille lieues commence par le premier pas“. Et si le Reiki vous aidait à faire un pas de plus vers l’Amour ?

“Faites de ce monde un vivant jardin d’Amour… et non d’illusions” (LM)